Les J.O 2024

21 avril 2021

Peuvent ils changer la donne du sport ?

Soyons lucide!

L’aura des Jeux Olympiques n’est plus ce qu’il était, les villes candidates se font de plus en plus discrètes, rappelons que le CIO a vite entériné la double attribution Paris-Los Angeles pour les J.O de 2024–2028, car il n’était pas de bon ton de « manquer » de candidats pour la plus grande compétition sportive du monde.

Et pourtant c’est un fait, les J.O n’attirent plus grand monde hormis ceux qui, sportifs de haut niveau, sacrifient plusieurs années de leur vie pour devenir un personnage de la grande histoire collective.

La faute à qui ?

A personne sinon à une évolution des pratiques et des centres d’intérêts qui ont éloignés les institutions sportives des préoccupations des pratiquants. Fondés à l’origine sur des principes universels, les J.O se sont éloignés des attentes des pratiquants, plus préoccupés de vivre leurs expérience personnelle que de vivre une expérience collective nationale.

Et Marseille dans tout ceci ?

Bien malin celui ou celle qui pourra conduire une étude d’impact sur les retombées réelles des J.O dans la 2ème ville de France, organisatrice des épreuves de voiles, dont la pratique n’arrive qu’au 9ème rang en France tout sport confondu.

Alors comment en est-on arrivé là ?

Il y a eu en un demi-siècle un glissement du sport « vertu » vers le sport « spectacle » tandis que les pratiquants sont passés du sport « effort » au sport « confort ». Pas plus ni moins que les comportements sociétaux qui ont conduit les publics du film lent vers le film rapide ou de la mono activité vers la pluri activité. L’offre grand public d’objets digitaux et les nouveaux équipements sportifs ont fait plier la demande qui n’en demandait pas tant.

L’inversion des rôles a bouleversé le train-train des grandes fédérations sportives internationales, eux qui étaient censés garder le temple, idéaliser les valeurs morales, et mettre en scène des parcours de vie, se sont réveillés avec un train de retard.

Réagir n’est pas prévenir !

Depuis l’annonce des épreuves de voiles à Marseille, la ville et la Région ne pensent le sport qu’à l’aune de cette épreuve mythique…déjà ridée par les affres du tempo olympique, trop lent, trop directif, trop entre soi. La stratégie sportive ne cesse de se décliner en France de haut en bas, avec les clubs et les associations sportives en soutien d’un échafaudage trop peu agile pour résister aux bourrasques des nouveaux courants.

Jugée activité non essentielle en 2020 par l’exécutif, comment penser qu’une épreuve de voile remettra sur pied un écosystème aussi fragilisé. La labellisation « terre de jeux » serait devenue la récompense du bon élève ; Faire partie du rêve olympique exige de la collectivité un acte déclaratif qui a défaut de stratégie globale, entretien le bout de gras financier.

Tant de chantiers restent cependant ouverts, de la modernisation des infrastructures sportives jusqu’à la montée en gamme des équipements sportifs, nous sommes loin des enjeux de communication, il s’agit d’un enjeu sociétal dans une métropole dont les pratiquants privilégient toujours davantage les terrains de jeu en extérieur, lassés des liens de dépendance qui se sont nouées avec les clubs et les structures fédérales.

Que peut-on espérer cependant ? 

Tout simplement s’adapter aux comportements des pratiquants, moins fidèles que nos ainés, plus hétérogènes dans leurs pratiques, plus orientés fun et Health , avide d’expérience.

Le sport à Marseille est un mode de vie et il sera toujours compliqué pour des institutions d’impulser quoi que ce soit de haut en bas. Au même titre que l’écologie est devenu sous la pression de Nicolas Hulot, un enjeu sociétal transverse bénéficiant d’une gestion interministérielle des grandes questions, il serait opportun de faire du sport en région en enjeu transverse au cœur des sujets d’attractivités, de développement économique, de développement durable, d’insertion et de santé publique, seule façon à mon sens de sortir du « corner » actuel et de disposer de ressources nouvelles pour accompagner les grands projets sportifs, dont les grands évènements ne sont qu’une partie immergée de l’iceberg.

Qu’on se le dise, les J.O ne vont pas être le Game changer du sport à Marseille, comme la Capitale européenne de la culture n’a jamais été le Game changer de la culture dans la citée phocéenne. Une stratégie sportive vaut bien mieux que l’accueil d’un événement sportif international ou la construction d’un équipement exceptionnel, elle est la combinaison d’une multitude de facteurs qui pris isolément ne changent rien. Une stratégie sportive ne peut être jugée qu’à l’aune des actions de long terme engagées en matière de santé, d’insertion, de formation, d’équilibre vie pro/vie perso, d’équipements et d’évènements.

A Marseille, les J.O seront aux mieux conjugués à l’imparfait sitôt le rideau tombé, alors n’attendons pas les grands événement sportifs pour faire du sport une activité « essentielle ».

N’attendons pas les acteurs institutionnels pour impulser une nouvelle dynamique dans les clubs et les associations sportives, soyons créatifs et expérimentons de nouveaux modèles économiques, jamais le rapport de force n’a été aussi favorable aux pratiquants, encore faudrait il que ces derniers prennent conscience de leurs nouvelles autorités collective, au prix de couper à court terme la branche de l’arbre qui les nourrit.

Pierre Distinguin, CEO PULP
Expert en attractivité

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